À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque 21 février, un constat alarmant émerge parmi les tchadiens vivant dans la capitale : de nombreux citoyens peinent à apprendre et à transmettre leurs langues maternelles. Ils ne s’expriment que des langues officielles, le français et l’arabe qui semblent étouffer la richesse linguistique du pays.

Le Tchad est caractérisé par une grande diversité linguistique, avec plus de 150 langues locales recensées sur son territoire. Le français et l’arabe classique sont les deux langues officielles, tandis que l’arabe tchadien sert de langue véhiculaire principale à travers le pays. Pourtant, de nombreux jeunes tchadiens, en particulier ceux nés et élevés à dans la capitale N’Djamena, se retrouvent souvent limités à ces deux langues. Leurs langues maternelles, qu’il s’agisse du bilala, du kanembou, du massa, du ngambaye, ou d’autres dialectes, sont reléguées au second plan, voire oubliées.

À l’école, l’enseignement se concentre principalement sur le français et l’arabe, laissant peu de place à l’apprentissage des langues locales. Dans les quartiers de la capitale, seule la l’arabe locale et la langue ngambaye dans les quartiers sud du pays sont parlées. Certains parents à la maison privilégient souvent ces langues officielles (français et arabe), pensant qu’elles leur permettront davantage de communiquer en dehors du quartier voire même de la ville. Ce choix, bien qu’intentionné, contribue à l’érosion des langues maternelles et de la culture qui leur est associée. « Je parle un peu de ma langue maternelle, mais je ne peux ni la lire ni l’écrire. À l’école, on n’apprend que le français et l’arabe », confie IssakhAbbas, un jeune entrepreneur. Pour beaucoup, cette situation soulève des inquiétudes quant à la pérennité de leur patrimoine culturel.

« Je suis née à N’Djamena, mon ethnie est Moundang, mais j’ai appris à parler ma langue maternelle depuis mon enfance. Car chez nous, ça fait partie de la culture et même les voisins apprennent à parler. Impossible de mettre le pied chez nous à la maison sans parler la langue maternelle», renchérit Magnaré Christelle, commerçante.

Le linguiste Mahamat Adoum Seïd, souligne que chaque langue est un trésor de culture et de traditions. «Perdre une langue, c’est perdre une partie de notre identité. Nous devons agir maintenant pour préserver nos langues maternelles.». Pour lui, en dehors des langues officielles (français et arabe), il faut que les parents apprennent à leurs enfants à dialoguer avec les langues maternelles. «Peu importe si on est né en province ou en ville, il faut toujours apprendre à communiquer avec nos langues locales», dit-il.

Notons que la journée internationale de la langue maternelle devrait servir de catalyseur pour une prise de conscience collective en faveur de la préservation des langues locales au Tchad. Il est impératif de trouver un équilibre entre l’apprentissage des langues officielles et la valorisation des langues maternelles pour le bien-être du patrimoine linguistique.

Adoum Noël

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