
À Addis-Abeba, lors du 38e session Ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UA , tenue hier, 15 février 2025, Mahamat Idriss Deby fils a pris la parole avec un ton rarement entendu à la tribune de l’Union africaine. Sans passé par 4 chemins, il a dénoncé l’inertie du continent face aux défis qui l’assaillent, interpellant ses pairs avec un discours aux allures de manifeste. Son verbe tranchant, son appel à la souveraineté et à l’unité rappellent ceux des figures historiques du panafricanisme comme Thomas Sankara ou Mouammar El-Kadhafi.
Le président tchadien n’a pas mâché ses mots. Il a fustigé dans un ton rare, une Afrique qui « subit son sort » et appelé à une « véritable souveraineté africaine » face aux influences extérieures. Une audace que très peu de dirigeants africains en ont aujourd’hui. Deby fils le Maréchal a aussi dénoncé la mainmise sur les ressources du continent et plaidé pour une transformation économique qui brise enfin le cycle de dépendance. « Nous ne devons plus accepter que nos politiques soient dictées, que nos décisions soient influencées », a-t-il lancé, dans une formule qui aurait pu être prononcée par Thomas Sankara.
Mais au-delà des mots, c’est la posture qui frappe. Dans une Union africaine habituée aux discours consensuels, Deby fils a choisi l’audace. À l’image de son père Idriss Deby ou de Kadhafi, il veut incarner un leadership affranchi des pressions étrangères, porté par une ambition africaine assumée. Il a appelé à la réintégration des pays suspendus notamment les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (le Mali, le Burkina Faso, le Niger) et aussi Guinée Conakry et le Gabon, refusant l’isolement de ces États sous prétexte de sanctions suite aux coups d’État.
Le discours audacieux du président tchadien a émerveillé les africains qui aspirent à un véritable changement, mais l’histoire jugera s’il marquera un tournant ou s’il restera un cri de plus dans le désert. Une chose est sûre, à Addis-Abeba, le Maréchal a fait résonner une voix forte, celle d’une Afrique qui refuse de plier.
Abderamane Moussa Amadaye