
Ils étaient là, serrés sur de vieilles planches, des cailloux des briques, sous un toit à l’agonie. Parce qu’ils avaient foi en l’école de la République, ce dernier fil d’espoir dans un pays où chaque porte se ferme un peu plus. Mais ils y voyaient quand même un avenir prometteur. Ce 3 avril 2025 à Pala chef-lieu de la province du Mayo-kebbi Ouest, le mur de ce bâtiment abandonné censé les protéger les a enterrés. 5 enfants broyés sous les ruines d’un taudis de 50 ans déguisé en salle de classe.
Ce drame n’est pas un simple accident. Il montre à quel point l’État a laissé tomber l’éducation. Il est donc trop occupé à gaspiller l’argent ailleurs, dont on ne voit pas les résultats, plutôt que de réparer des écoles publiques prêtes à s’effondrer. Dans de nombreux établissements, en particulier les écoles primaires, les élèves sont entassés comme des sardines, privés du minimum de confort. Le manque criard de table-bancs et des chaises pousse certains à s’asseoir à même le sol, sur des briques ou des cailloux, tentant d’apprendre dans des conditions inhumaines et totalement dégradables. Pourtant, le pays regorge de richesses, se disant pétrolier, mais incapable d’offrir à ses enfants un cadre scolaire digne de ce nom.
Pendant ce temps, ceux qui ont le pouvoir de changer les choses ont trouvé une solution… pour leurs propres enfants. Plus de 90 % de nos dirigeants placent leurs enfants dans des écoles privées hors de prix, souvent créées par leurs propres soins. Là-bas, aucun plafond ne menace de s’écrouler, aucun mur ne tombe en poussière. Juste du confort, des classes, ventilées ou meme climatisées, des équipements dernier cri et des professeurs bien payés. Les enfants du peuple, par contre, étudient sous des toits prêts à s’effondrer, comme des condamnés attendant leur heure. Ils savent que l’école publique est un champ de ruines, mais ils n’ont refusent de prendre ce risque inutile d’y mettre leurs enfants.
Et les conséquences de cet abandon sont visibles, le niveau scolaire n’a jamais été aussi bas. Le Tchad détient l’un des taux d’échec et d’analphabétisme les plus élevés du continent, voire du monde. Les enseignants, souvent sous-payés et démotivés, doivent gérer des classes surchargées où il est impossible d’assurer un apprentissage de qualité. Et cela n’émeut outre-mesure.
Alors, comme toujours, après le drame, l’État viendra jouer au médecin après la mort. Une enquête sera ouverte, des déclarations indignées seront faites, quelques visites sur le terrain pour la forme… et puis ? Rien. Jusqu’au prochain effondrement, la prochaine tragédie.
Et nous, peuple résigné, allons-nous encore nous contenter de pleurer nos morts ? Allons-nous attendre le prochain bilan macabre, le prochain silence coupable des gouvernants ? L’éducation est un droit, pas une loterie où certains tirent le mauvais numéro. Si rien ne change, ces tragédies continueront, et ce ne sera ni le vent ni la pluie les responsables, mais notre propre indifférence collective.
Il est temps de briser ce cycle infernal. Pas avec des larmes, mais avec des actes. Parce qu’aucun enfant ne devrait payer de sa vie le simple fait de vouloir un avenir. Parce qu’aucun cahier ne devrait finir enseveli sous les décombres. Parce qu’aucune famille ne devrait enterrer un enfant parti à l’école le matin, plein d’espoir, et jamais revenu.
Abderamane Moussa Amadaye