
Dans un affrontement diplomatique révélateur des nouvelles approches de l’administration Trump en matière d’aide internationale, la Zambie et le Zimbabwe ont récemment décliné la signature d’un mémorandum d’accord (MOU) avec les États-Unis, portant sur plus d’un milliard de dollars de financement pour la santé pour la Zambie et 367 millions pour le Zimbabwe. Ces deux pays ont jugé que certaines dispositions de l’accord n’étaient pas en adéquation avec ses intérêts nationaux.
Pour la Zambie, l’accord en question devait couvrir sur cinq ans le financement de programmes essentiels de lutte contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose, mais aussi la préparation aux épidémies ainsi que la santé maternelle et infantile. Un soutien essentiel pour un pays où l’aide américaine s’élevait encore récemment à 367 millions de dollars par an, uniquement pour les services liés au VIH.
Mais derrière ce discours se cachent des exigences que Lusaka juge inacceptables. Selon un draft de l’accord cité par Reuters, Washington conditionne le versement de cette aide à des concessions dans le secteur minier et à des réformes économiques favorisant les intérêts commerciaux américains en Zambie, deuxième producteur de cuivre d’Afrique derrière la RDC, et riche en cobalt, lithium, nickel et terres rares. Des clauses de partage de données
Au-delà de la question minière, la société civile zambienne tire la sonnette d’alarme sur une autre disposition jugée elle aussi controversée : un accord de partage de données sanitaires d’une durée de 10 ans.
En décembre 2025, l’ambassade américaine en Zambie avait officiellement confirmé que le financement sanitaire était conditionné à « une collaboration dans le secteur minier et des réformes économiques favorisant l’accès américain ». Caleb Orr, haut fonctionnaire du Département d’État chargé de l’énergie et du développement des affaires, s’était rendu à Lusaka pour le signifier directement au président Hakainde Hichilema. « Ces conditions sont infiniment pires que celles négociées par d’autres pays. Les États-Unis conditionnent des services de santé vitaux au pillage des richesses minières du pays. C’est une exploitation éhontée », déclare Asia Russell, directrice exécutive de l’ONG Health GAP.
Le ministère zambien de la Santé a reconnu que certaines sections du projet d’accord « ne s’alignent pas avec la position et les intérêts du gouvernement », et a demandé des révisions. L’institution affirme également, et officiellement, que l’accord « n’a aucun rapport avec les minerais, les mines ou toute ressource naturelle ».
Le Zimbabwe de son côté dit non aux États-Unis. « Le Zimbabwe doit mettre fin à toute négociation avec les États-Unis au sujet de ce protocole d’accord manifestement déséquilibré, qui compromet et sape ouvertement la souveraineté et l’indépendance du Zimbabwe», a écrit le secrétaire aux Affaires étrangères dans une lettre datée du 23 décembre, récemment rendue publique. Ce qui bloque notamment selon les autorités zimbabwéennes, c’est que «le Zimbabwe était invité à partager ses ressources et données biologiques sur une longue période, sans garanties d’accès aux innovations médicales comme des vaccins, diagnostics ou traitements qui résulteraient de ce partage de données», complète la communication officielle.
Cette décision a suscité la surprise de Washington, qui a déploré ce retrait. «Nous pensons que cette collaboration aurait permis d’extraordinaires bénéfices pour les communautés zimbabwéennes, surtout les 1,2 millions d’hommes, femmes et enfants qui reçoivent actuellement un traitement contre le VIH via des programmes soutenus par les États-Unis», a réagit Pamela Tremont, l’ambassadrice des États-Unis dans le pays d’Afrique australe.
Mais finalement, le gouvernement zimbabwéen l’a donc jugé trop déséquilibré. Des associations pointent alors du doigt la stratégie des États-Unis. L’ONG Health Gap, citée par le média britannique The Guardian, accuse les États-Unis de «conditionner des services de soins essentiels au pillage des richesses minières du pays. C’est une exploitation honteuse, ce qui est immoral», torpille l’organisation.
Adoum Noël