Suite à la lourde défaite des Sao du Tchad (5-0) face aux Black Stars du Ghana lors de la 5ᵉ journée des qualifications pour la Coupe du Monde 2026, Flashtchad.com s’est entretenu avec Christian Pilas, ancien international tchadien et fervent observateur du football national. Il livre un regard lucide et sans concession sur la situation du football tchadien. Entrevue.


Flashtchad.com : Les Sao ont subi une lourde défaite 5-0 face au Ghana. En tant qu’ancien international, ce résultat vous a-t-il surpris ?

Christian Pilas : Ce résultat ne peut surprendre personne. En tant que citoyen tchadien, je le vis avec une grande douleur, mais aussi avec impuissance. D’ailleurs, tout le monde l’avait prédit, sauf ceux qui ont volontairement fermé les yeux et bouché les oreilles. Le football ne s’improvise pas.

Certains estiment que FT : cette débâcle est en grande partie due au nouvel entraîneur. Partagez-vous cette analyse ?

CP: (Rires) Pourquoi accuser le pauvre entraîneur ? Je sais qu’il a souffert plus que nous tous, mais en silence. Dans les conditions dans lesquelles il a pris les rênes de cette équipe, même Pep Guardiola ou José Mourinho n’y pourraient rien. Lorsque le moteur d’un véhicule est défectueux, que peut faire le conducteur ?

Quel travail a été fait en amont pour lui permettre d’exercer son métier avec sérénité ? À mon humble avis, avec le peu de temps dont il disposait et dans les conditions que nous connaissons tous, un entraîneur soucieux de sa carrière n’aurait pas accepté ce poste, au risque de subir une humiliation inévitable.

FT: Pensez-vous qu’avec Kevin Nicaise à la tête de l’équipe, un tel score aurait pu être évité ?

PC: Je suis mitigé sur cette question et je ne veux pas être plus royaliste que le roi. Cependant, mon choix se serait porté sur Nicaise, qui avait déjà entamé un travail avec l’équipe et connaissait mieux ses joueurs.

Dans un esprit de continuité, et sur la base du travail qu’il avait amorcé, oui, il aurait pu limiter la casse. Peut-être que le score n’aurait pas été de 5 à 0. Cela ne remet pas en cause les qualités du nouvel entraîneur, mais sa nomination, dans un tel contexte, ressemble davantage à un cadeau empoisonné, peu importe le tapage médiatique autour.

FT: Le football tchadien traverse une période difficile. Selon vous, quelles mesures concrètes faut-il prendre pour le redresser ?

CP: Les problèmes du football tchadien sont immenses, mais connus de tous. Seule la mauvaise foi et la méchanceté empêchent un réel changement.

Il y a de la mauvaise foi, car tout le monde s’accorde à dire que notre football est malade et a besoin d’une thérapie de choc. Pourtant, ceux qui sont aux commandes refusent de l’admettre. Il y a aussi de la méchanceté, car un groupe restreint, avide de gains personnels, caporalise ce sport qui, à l’origine, est un vecteur de cohésion sociale et de développement.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les passionnés du football tchadien, à travers des plateformes comme La Voix du Sport, ont mené un travail immense, initiant des débats constructifs et recueillant les avis d’experts. Malheureusement, au Tchad, toute idée nouvelle ou volonté de changement est perçue comme une insulte.

Pourtant, nous ne sommes ennemis de personne. Nous voulons simplement voir les choses évoluer, que nos supporters retrouvent le chemin des stades, que nos jeunes puissent s’épanouir, que ceux qui exercent ce métier en vivent dignement, et que nous n’ayons rien à envier aux autres nations sur le plan international.

FT: Merci M. Pilas d’avoir accepté de répondre à nos questions

PC : C’est à moi de vous remercier pour l’effort que vous faites au quotidien pour nous informer.

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