Au Rwanda, le paysage religieux connaît une transformation radicale. En quelques années, des milliers d’églises évangéliques ont disparu du quotidien des quartiers et des villages. Derrière ces fermetures en cascade, les autorités invoquent la nécessité de mettre de l’ordre dans un secteur longtemps laissé sans véritable encadrement.

Mais pour certains observateurs, l’enjeu dépasse largement la simple question administrative.
Depuis 2018, le gouvernement rwandais a durci les règles applicables aux lieux de culte. Les églises sont désormais soumises à des exigences strictes en matière de sécurité, de gestion financière et de formation des responsables religieux. Les pasteurs doivent notamment être titulaires d’un diplôme en théologie et prouver l’existence d’une communauté d’au moins mille fidèles une barre jugée inaccessible pour de nombreuses petites paroisses évangéliques.

À cela s’ajoutent des contrôles portant sur le respect des normes incendie et la transparence des ressources financières. Autant de critères qui ont conduit à la fermeture de nombreux lieux de prière, parfois installés de manière précaire dans des bâtiments improvisés.

Le président Paul Kagame ne cache pas sa sévérité à l’égard de certaines églises évangéliques. En novembre dernier, il dénonçait publiquement des structures qu’il qualifiait de «tanières de bandits», accusant leurs dirigeants d’exploiter la foi à des fins lucratives.

Contrairement à de nombreux pays africains où ces structures prospèrent souvent sans contrôle, la presse locale estime qu’environ 10 000 églises ont été fermées ces dernières années au Rwanda. Fin novembre, Paul Kagame n’a pas caché sa fermeté sur le sujet. Lors d’une conférence de presse diffusée en direct, il s’est interrogé sur l’utilité réelle de ces églises face aux priorités de développement du pays, allant jusqu’à dénoncer certaines comme des lieux d’escroquerie.

Noël Adoum

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