
À N’Djamena, un phénomène inquiétant a récemment pris de l’ampleur, le vol d’engins à deux roues dans les lieux de recueillement, notamment dans les places mortuaires. Ce phénomène, qui survient en pleine période de deuil, bouscule les valeurs traditionnelles de respect et de méditation dans une société tchadienne restée conservatrice. Abderamane Abakar Younous, alias Toukchi, sociologue et spécialiste des populations et du développement durable, a expliqué ce phénomène.
Ce qui était censé être un espace de prière et de souvenir pour les défunts devient, pour certains, une occasion de dérober des motos. Récemment, à Dinguessou, une femme, nouvellement propriétaire d’une moto Haojue, a été victime d’un vol alors qu’elle était venue rendre hommage à une famille éplorée.
Abderamane Abakar Younous analyse ce phénomène en soulignant la pauvreté de certaines couches de la population. « Ce phénomène trouve son origine dans le manque d’emploi et le chômage persistant, malgré les études. Certains jeunes sont poussés à voler, non seulement pour combler un besoin matériel, mais aussi pour imiter un mode de vie qu’ils jugent attrayant », dit-il. Le sociologue ajoute que « les jeunes sont devenus des imitateurs de jeunes de leur âge mais qui sont soutenus financièrement et matériellement par leurs parents aisés. Souhaitant être à leur niveau ou intégrer des cercles sociaux où l’apparence et la consommation sont primordiales. Pour eux, il s’agit de porter de beaux vêtements, de se parfumer, de posséder une moto, un téléphone iphone dernière génération ou une voiture, même si cela signifie recourir à des pratiques criminelles ». Il estime que cette quête d’un idéal de jeunesse et de statut social semble les conduire à des actes de délinquance.
Toujours selon M. Toukchi, les auteurs de ces actes criminels sont pleinement conscients de la gravité de leurs gestes. « Qui peut mettre sa main dans une eau bouillante à 300°C ? Personne. De la même manière, ces jeunes braqueurs sont parfaitement conscients des risques et des dangers de leurs actes », explique-t-il sur un ton ferme.
Notons que, face à ces phénomènes de vols d’engins dans les places mortuaires, des commissions sont désormais créées par la famille du défunt éplorée, où une équipe de sécurité est mise sur pied pour minimiser le risque de vol.
Abderamane Moussa Amadaye