
Il y a exactement 5 ans, un homme calme et discret prenait les rênes du Tchad. Il promettait la refondation, la réconciliation, une transition de 18 mois et des élections libres. 5 ans plus tard, Mahamat Idriss Deby est président « élu » pour 5 ans. Et le Tchad n’a jamais autant saigné, le bilan n’est pas reluisant.
Le 20 avril 2021, le général puis maréchal Mahamat Idriss Deby Itno succède à son père, tombé au front dans des circonstances jamais élucidées jusqu’à ce jour. À 37 ans, à la tête d’un Conseil militaire de transition (CMT), il promet la refondation du Tchad et une transition pacifique, sans intention de se présenter.
Un dialogue national inclusif et souverain est organisé en 2022. Il tourne court, boycotté par l’opposition majeure (Les Transformateurs, le Parti socialiste sans frontières, le FACT), ses recommandations ouvrent pourtant la voie à sa candidature. Point positif, certains opposants politico-militaires rentrent via l’accord de Doha. Mais le programme DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) reste lettre morte.
5 ans après sa prise de pouvoir, Mahamat Idriss Deby vient d’entamer son premier mandat de président élu mais à quel prix ?
Dès le 27 avril 2021, les premières manifestations de l’opposition et de la société civile sont réprimées dans le sang. Octobre 2022, le « Jeudi noir » fait plus d’une centaine de morts. Une loi d’amnistie, votée en 2023, enterre toute poursuite. Février 2024, Yaya Dillo, cousin et rival du Président, est abattu par les forces de sécurité lors d’un assaut militaire sur son siège du PSF. Août 2025, Succès Masra, ex-Premier ministre et leader du parti Les Transformateurs, croupit en prison, condamné à 20 ans. L’opposition est éliminée ou derrière les barreaux. Les manifestations de l’opposition sont formellement interdites.
Les organisations de la société civile qui dénoncent l’insécurité sont dissoutes ou suspendues. Les activistes Makaila Nguebla et Charfadine Galmaye en exil sont purement et simplement déchus de leur nationalité tchadienne.
Pendant que le pouvoir verrouille tout, le territoire se désagrège. Les conflits intercommunautaires ensanglantent le pays, Mandakao, Fatata (Hadjar Lamis), Abéché, Mangalmé, Sandana, Faya et dans d’autres contrées du pays, des centaines de morts entre éleveurs et agriculteurs. Dans la province du Lac Tchad, Boko Haram continue de menacer, kidnapper et tuer. L’armée, pourtant vantée pour ses capacités et mérites éprouvent de limites face à cette organisation terroriste.
En octobre 2025, le régime modifie la Constitution de la Ve République pourtant voté moins de deux plutôt et présentée comme la meilleure Loi fondamentale de l’histoire du pays. Fin de la limitation des mandats. Instauration du septennat. Mahamat Idriss Deby peut désormais se présenter indéfiniment. La normalisation constitutionnelle a eu lieu. La paix politique, elle, reste une denrée rare.
Sur le plan économique, le panier de la ménagère subit la cherté de la vie. On vante un plan national de développement (PND) et des milliards de francs CFA mobilisés sur les marchés financiers. Mais à N’Djamena, Moundou, Abéché, Zouar, Bol, bref, sur l’ensemble du territoire national, le pouvoir d’achat s’effondre. L’inflation grignote tout. Les inondations de 2022 et 2024 ont jeté des centaines de milliers de personnes dans une précarité totale, sans solution durable. Le président annonce pour 2026 des grands travaux, des réformes, des recrutements. Mais tant que la corruption restera un sport national et la justice aux ordres, ces promesses resteront des vœux pieux.
Pour les tchadiens, sans électricité, avec des enfants chômeurs, le vrai bilan, celui de la refondation et de la réconciliation, n’est encore qu’une illusion.
Nous sommes près de la moitié de son premier mandat élu, les années à venir diront si Mahamat Idriss Deby sera le bâtisseur d’un « Tchad refondé », ou simplement le gardien d’une forteresse vide.
Abderamane Moussa Amadaye