
Le Centre Catholique Universitaire (CCU) a organisé une conférence-débat ce 29 janvier 2026, placée sous le thème, «Pour un dialogue interreligieux comment lutter contre les préjugés?» dans la salle de lecture de ladite institution.
L’échange intellectuel a vu la présence de plusieurs étudiants, chercheurs et certains responsables politiques. Le panel est composé de Dr Hassan Mahamat Idriss, Pr Gondeu Ladiba et la modératrice doctorante Mariam Issa Nassour. Cette dernière a ouvert le débat en soulignant l’importance de la connaissance et de l’empathie dans la lutte contre les préjugés.
Pour Dr Hassan Mahamat Idriss, les préjugés reposent sur un clivage historique et géographique qui oppose souvent le nord considéré comme musulman, au sud considéré comme chrétien et animiste. Bien qu’une coexistence pacifique existe au quotidien, des préjugés persistants alimentent les tribalismes et les tensions politiques. Le paneliste a cité des facteurs d’exacerbation notamment la politique et la langue. «Le Tchad est un pays bilingue. Le bilinguisme français-arabe est un terrain de friction. Le français étant souvent associé au sud et l’arabe au nord», dit-il. Le second facteur, c’est celui de la détention de ressources. «Les tensions sont souvent liées à l’accès à la terre et aux ressources, transformant des conflits d’intérêts en affrontements identitaires». Malgré ces clivages, de nombreux acteurs travaillent au dialogue interreligieux et des exemples de solidarité existent. Dr Hassan souligne que, pour lutter contre les préjugés dans le dialogue interreligieux, «il faut d’abord déconstruire les préjugés, les stéréotypes que nous avons hérité soit de la rue, soit de nos familles, soit de l’école, des préjugés qui ne sont pas vrais. Parce que, quand on parle des préjugés, on parle des idées reçues sans preuves matérielles».
Le paneliste a proposé quelques pistes de solutions parmi lesquelles, un dialogue terre à terre commençant avec des difficultés qui unissent le peuple pour établir une confiance interpersonnelle, la création des espaces de dialogue afin de créer des liens communs, agir ensemble pour collaborer pour les projets de la promotion de la paix et de la justice, trouver des alliés (imams et prêtres) qui peuvent être des intermédiaires puissants, éduquer les enfants dès le bas âge etc.
Pour Pr Gondeu Ladiba, du point de vue anthropologique, en ce qui concerne le mépris des uns envers les autres, «Il n’y a pas des humains moins humains. Nous sommes tous des humains et nous avons tous droit à la dignité […] Et étant humain, l’homme n’est pas que matériel, ni le corps, il est aussi esprit», a-t-il déclaré, tout en exhortant les tchadiens à avoir des paroles bénéfiques et des bonnes intentions mutuellement en tant qu’humains. Selon lui, le dialogue entre les religieux, pose la question de dignité humaine, de sa diversité et interpelle également sur le respect de cette dignité. «Le chrétien n’est pas une menace pour le musulman. Le musulman n’est pas une menace pour le chrétien», a-t-il laissé entendre.
«Une société qui vit en autarcie, qui s’enferme entre elle-même, qui refuse le dialogue, qui refuse d’élever les autres, est condamnée à mourir, à périr. Donc on doit s’ouvrir vers la différence», a conclu le conférencier.

Adoum Noël