
L’agence de notation américaine Standard & Poor’s (S&P) a annoncé ce 11 septembre la confirmation de la note de crédit souverain du Tchad, à la fois à court et long terme, en devises étrangères et en monnaie locale, à « B-/B ». Bien que cette notation maintienne le pays dans la catégorie spéculative, elle le place six crans au-dessus du défaut de paiement. Cela indique une capacité de remboursement des dettes, bien que cette capacité soit fragile et exposée à des risques économiques et politiques.
Dans son communiqué, S&P a souligné que la stabilité de la note est le résultat de solides perspectives de croissance économique, du soutien des donateurs et d’une structure de dette publique favorable. L’agence prévoit une croissance moyenne du PIB réel de 4,8 % par an entre 2026 et 2029, soutenue par l’augmentation de la production d’hydrocarbures, des investissements en infrastructures, et la mise en œuvre du plan national doté d’un budget de 30 milliards de dollars, a indiqué le site Ecomatin.
Selon le site, bien que le secteur pétrolier reste central, représentant plus de 60 % des exportations, d’autres secteurs montrent des signes de dynamisme. Les exportations d’or ont connu une hausse spectaculaire, passant de 369 milliards FCFA en 2024 à 649 milliards en 2025, avec des prévisions dépassant les 1000 milliards cette année. Parallèlement, la production de coton a bondi de 160 %, atteignant 150 000 tonnes lors de la dernière campagne. Le secteur pétrolier, quant à lui, prévoit une augmentation de la production, passant de 50 millions de barils en 2025 à plus de 60 millions en 2029, avec un objectif ambitieux de 250 000 barils par jour d’ici 2030.
Malgré ces résultats encourageants, le niveau de vie demeure préoccupant. Le PIB par habitant devrait stagner autour de 1222 dollars en 2026, atteignant à peine 1400 dollars en 2029, plaçant le Tchad parmi les pays les plus pauvres selon S&P. L’agence met également en lumière la fragilité sociale et sécuritaire du pays, qui abrite plus de 1,5 million de réfugiés soudanais, représentant environ 9 % de sa population. Cette situation pèse sur les finances publiques et peut exacerber les tensions sociales.
Le Tchad, situé à la croisée de plusieurs zones de conflit, fait face à un risque élevé de contagion sécuritaire, notamment en raison de la menace de Boko Haram. Sur le plan budgétaire, S&P a salué les efforts de digitalisation de l’administration fiscale, qui ont permis d’élargir l’assiette fiscale en dehors du secteur pétrolier. Le déficit budgétaire devrait se stabiliser autour de 1 % du PIB entre 2026 et 2029.
Cependant, l’agence rappelle que le programme du FMI de 625 millions de dollars, approuvé en juillet 2025, est suspendu en attendant des garanties régionales, illustrant les contraintes monétaires liées à l’arrimage du franc CFA à l’euro.
S&P a averti que la notation pourrait être révisée à la baisse si des tensions de liquidités survenaient ou si la situation sécuritaire se détériorait. À l’inverse, une croissance économique dépassant les attentes pourrait permettre un relèvement de la note. Le Tchad se trouve à un carrefour, où les investissements et la diversification de l’économie seront cruciaux pour son avenir financier et social.
Adoum Noël