La maison de l’histoire et du vivre ensemble en collaboration avec le groupe d’historiens tchadiens a organisé une grande conférence-débat ce 31 janvier 2025, sur le thème, «le Tchad face aux fantômes du passé colonial: Quelles leçons tirer pour une refondation des relations franco-tchadiennes?» au Centre d’Etudes pour la Formation et le Développement (CEFOD). Reportage.

La grande conférence-débat a vu la présence des autorités gouvernementales, militaires, civiles, des enseignants chercheurs et des étudiants. L’objectif de cet échange est de rappeler le passé pour  éclairer le présent avec des pistes de solutions. Le panel est composé de quatre enseignants chercheurs parmi lesquels Dr. Arnaud Dingammadji, Dr Mahamat-Saleh Yacoub, Ancien Président de l’Université Adam Barka d’Abéché, Dr Mahamat MEY Chef du Département d’Histoire, Université de N’Djaména et un modérateur.

Les panelistes ont brandi la vérité historique du Tchad en expliquant 60 ans de malaise dans la coopération militaire dont quatre temps forts dans l’histoire de la coopération tchado-française notamment les accords de 1960, 1964, 1976 et 2019. Expliquant les fantômes du passé colonial du Tchad, les panelistes ont relevé que parmi  tous les pays de la bande sahélienne, «le Tchad est probablement le territoire qui a le plus souffert des affres de la colonisation française. ces pages sombres n’ont fait que l’objet d’un refoulement volontaire. Leurs fantômes n’ont cependant jamais cessé de hanter la conscience collective des Tchadiens, tant les blessures sont nombreuses et profondes».

Les enseignants chercheurs ont cité quatre crimes coloniaux de la France au Tchad parmi lesquels la conquête coloniale réalisée dans un bain de sang notamment le massacre de plus de 400 Ulema appelé massacre au coupe- coupe d’Abéché en novembre 1917, le « Ngamba »ou l’hécatombe du Chemin de Fer Congo-Océan dont 10.000 morts, le massacre des Daye de Bouna dans le Mandoul en février-mars 1929 dont le village a été attaqué puis incendié et ses habitants massacrés sans distinction faisant plus de 500 morts, le drame de Bébalem dans le Logone en avril 1952 suite à une  répression sanglante qui a fait plusieurs dizaines de morts. Les historiens tchadiens n’ont pas perdu de vue le grand sacrifice oublié du Tchad en faveur de la libération de la France pendant la seconde guerre mondiale où des milliers de soldats tchadiens étaient intervenus pour libérer la France de joug des nazis, mais ont été remerciés en monnaie de singe. «L’état de sous-développement du Tchad est le résultat d’une politique délibérée de sous-développement voulue par la métropole coloniale», expliquent les panelistes.

Selon eux, le Tchad est une colonie misérable qui finance le développement d’autres colonies. la colonie du Tchad fut la seule de toutes celles de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) à être soumise à un pillage en règle de ses ressources financières au bénéfice des autres. Ils soulignent que les circonscriptions du Moyen-Chari et du Moyen-Logone ont été amputées et rattachées à l’Oubangui-Chari pour le besoin de la construction du Chemin de Fer Congo-Océan, «c’est qui a privé le Tchad de sa partie la plus riche en terres fertiles, en cours d’eau poissonneux, en pâturages et en populations laborieuses», ont-ils déclaré. Ils ont évoqué le pillage des biens culturels pendant la colonisation française au Tchad dont le rapport fourni par Sarr-Savoy indique près de 10.000 objets répertoriés au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, il arrive en tête des pays africains spoliés.

En ce qui concerne les leçons à tirer pour une refondation des relations franco-tchadiennes, les panelistes estiment que les faits coloniaux montrent que c’est la France qui a créé un grand préjudice et un grand tort au Tchad. C’est elle qui a fait subir aux tchadiens des atrocités, des crimes innommables, des injustices, des humiliations, le sous-développement, le pillage des ressources et des biens culturels, etc. Malgré ce traitement, les tchadiens se sont sacrifiés pour elle en donnant tout (terre, air, hommes, matériels, argent, vivres…) pour la sauver de la domination nazie, entre 1939 et 1945. «En retour, ceux-ci ont été remerciés en monnaie de singe» conclut le panel.

Noël Adoum

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