Ce samedi 23 mai 2026, dans le 10e arrondissement de Paris, l’écrivain et artiste Kobdigue Flavien, alias Kaar Kaas Sonn, a présenté deux livres au public, venu très nombreux. Dans « Grand remplacement » et « Cette constitution qui devrait nous protéger », il explore les fractures de l’immigration et l’effondrement de l’État de droit au Tchad.

La salle de la rue Albert Thomas était pleine comme un œuf. Étudiants, exilés, Tchadiens résidents et Français composaient l’assistance, tenue en haleine par l’auteur. À ses côtés, Makaila N’Guebla, ancien conseiller aux droits humains à la présidence tchadienne, et Madame Sohomti Ejangue Lottin, présidente de l’AFTATDIAS (Association des femmes tchadiennes amies de la diaspora).

« Grand remplacement » : un Tchadien, une fausse nationalité, un drame

Dans son premier livre, Kaar Kaas Sonn raconte l’histoire d’un jeune Tchadien arrivé en France. Pour obtenir ses papiers, il fait sa demande d’asile sous nationalité soudanaise, persuadé qu’avec le Tchad, il n’obtiendrait rien. Ce sera un parcours de combattant. Il se heurte à une réalité qu’il n’avait jamais imaginée. Face à la vie en France, il rencontre une sérieuse difficulté d’intégration. Jusqu’à commettre l’irréparable, il agresse et tue un homosexuel, croyant ainsi entrer au paradis. Il est arrêté, jugé, condamné. En France, les réalités ne sont pas les mêmes. Ces pratiques sont inacceptables.

L’auteur précise que le récit est fictif, mais qu’il part d’une expérience vécue. Lui-même a travaillé dans le social, en Mayenne, en contact permanent avec des migrants qu’il forme à l’intégration. Pourquoi un tchadien ? Parce qu’il connaît bien les réalités du pays. Quant au titre « Grand remplacement », il s’inspire de l’actualité politique française, où certains politiciens mettent en avant ce sujet.

Makaila N’Guebla renchérit, cette réalité des faux profils migratoires est bien réelle. Il cite une ancienne cadre de l’administration tchadienne qui a obtenu des papiers en Hollande avec le Soudan. Autre exemple, selon lui, des milliers de Soudanais sont partis aux États-Unis avec des documents officiels du Tchad, ce qui a créé un problème diplomatique avec Washington, explique-t-il.

« Cette constitution qui devrait nous protéger » : quand la loi fondamentale n’est qu’un chiffon

Le second ouvrage s’intitule « Cette constitution qui devrait nous protéger : le non-respect de la loi fondamentale au Tchad ». L’auteur le dit lui-même, ce n’est pas un livre très juridique ou technique. Il est écrit dans un langage simple et accessible. Il parle du viol de la constitution, là où les libertés ne sont pas respectées. Une réalité bien éloignée du texte officiel. Il existe des articles qui permettent de manifester, mais dans la pratique, c’est non. Il dénonce l’inverse de tout ce qui a été écrit dans la constitution, notamment l’absence d’État de droit, dont la conséquence grave est le non-respect des institutions de la République.

Il prend des exemples concrets, le procès des opposants du GCAP et de Masra. Il cite également l’élection présidentielle où, affirme-t-il, les procès-verbaux n’ont pas été fournis et où l’on a plutôt entendu des tirs d’armes ayant fait des morts. Pour lui, cette situation crée une sorte d’injustice aux conséquences dévastatrice, la confiance en l’État est rompue, un État parallèle se met en place, la foi dans l’État de droit disparaît, ce qui génère de l’insécurité. Sa formule choc, « On ne construit pas un État avec des hommes forts, mais avec des institutions fortes. » Selon lui, la constitution au Tchad est considérée comme « un kat-kat sakit », autrement dit un simple papier sans valeur juridique.

Makaila N’Guebla appuie cette intervention en donnant son propre exemple, pour sa liberté d’expression, dit-il, il a été déchu de sa nationalité. Ce qui est contraire à la loi, a-t-il précisé.

La cérémonie s’est clôturée dans une ambiance conviviale, autour d’un buffet.

A. Moussa A

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