Depuis plus de quatre siècles, la projection de Mercator a véhiculé une image erronée de l’Afrique, la réduisant à une taille inférieure à sa superficie réelle, au profit des puissances occidentales. Ce déséquilibre, hérité de l’époque coloniale, a été soulevé par le Togo devant l’Assemblée générale des Nations unies au nom du Groupe africain, avec le soutien de l’Union africaine, qui avait déjà approuvé la carte Equal Earth en février dernier.

Récemment, l’Assemblée générale a adopté la résolution « Correct the Map » avec un large consensus de 164 voix pour, une voix contre (celle des États-Unis) et six abstentions, dont l’Ukraine, la Géorgie et la Serbie. Cette résolution appelle les gouvernements, les établissements scolaires et les entreprises technologiques à délaisser progressivement la projection de Mercator, créée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, pour des projections à surfaces équivalentes comme Equal Earth, développée en 2018.

Sur la carte Mercator encore largement utilisée, le Groenland semble presque aussi vaste que l’Afrique, alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus grand. Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères et négociateur de la résolution, a souligné que cette distorsion a longtemps entretenu une hiérarchie implicite entre les régions du monde et a influencé, à travers l’éducation et les médias, une perception dévalorisée de l’Afrique. Une représentation cartographique plus précise, a-t-il déclaré, ne modifie pas la géographie, mais transforme notre vision du monde.

Bien que la résolution ne soit pas contraignante et ne remette pas en question l’utilisation de la projection de Mercator pour la navigation maritime et aérienne, Washington a critiqué le projet comme étant idéologique et détaché des véritables enjeux de paix et de coopération internationale.

Adoum Noël

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