
Le samedi 7 mars 2026, alors que la coalition Diomaye Président tenait sa première Assemblée Générale à l’Hôtel King Fahd Palace de Dakar, rassemblant 500 participants, dont 300 maires ralliés et la présence du président de la République à la clôture, Ousmane Sonko annonçait sur Facebook avoir passé une « excellente journée dans les champs ». l’étendue des fractures est déjà visibles au sein du camp au pouvoir.
Ce contraste saisissant entre les deux anciens aliés révèle sans ambages ce que les discours officiels tentent de dissimuler : la cohabitation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko a atteint un seuil critique. La lutte pour l’élection de 2029 est désormais lancée au sein même de la majorité sénégalaise.
L’Assemblée Générale du 7 mars a débuté par la validation des textes fondateurs de la coalition « Diomaye Président », établissant ainsi un cadre juridique clair et durable, avec un article 10 qui mentionne explicitement la préparation des « échéances futures ». Cette formulation n’a pas échappé aux participants présents. Environ 500 délégués, cadres, maires et sympathisants, venus de toutes les régions du Sénégal, ont participé à cette journée, dont le moment fort a été l’arrivée du président Diomaye Faye en fin d’après-midi pour présider la séance de clôture. Ce déplacement n’était pas simplement protocolaire ; il avait une portée politique.
Dr Aminata Touré, superviseure générale de la coalition désignée personnellement par le président le 11 novembre dernier, a officialisé depuis la tribune le ralliement de 300 maires à la coalition. Un ancrage territorial massif et, surtout, indépendant du Pastef. Lors de son discours de clôture, Diomaye Faye a posé les termes de son projet avec une clarté inhabituelle : « Nous avons conquis le pouvoir avec vous, nous devons l’exercer avec vous », avant d’ajouter que « cette coalition, je ne la trahirai jamais et rien, absolument rien, ne peut nous ébranler ».
Dans la salle, des maires et des cadres, dont plusieurs députés de Pastef, ont publiquement appelé à la réélection de Diomaye Faye en 2029, sans que le président ne contredise ou n’apaise les esprits. Il a simplement donné une réponse vague concernant sa candidature : « Chaque chose en son temps ». Cependant, la dynamique était déjà en marche. Depuis la tribune, Abdourahmane Diouf, ministre de l’Environnement et proche du président, a déclaré que « Personne ne peut réécrire l’histoire. C’est la coalition Diomaye Président qui a élu le président Diomaye Faye. Nous savons tous qu’au Sénégal, le gagnant de la présidentielle remporte facilement les législatives », a-t-il répondu à la déclaration antérieure de Sonko.
La désignation même d’Aminata Touré comme figure centrale de la coalition est, en elle-même, une provocation mesurée envers le camp Sonko. Ancienne Première ministre sous Macky Sall, Mimi Touré est une figure que la base militante du Pastef regarde avec une méfiance persistante.
Sur les réseaux sociaux, la base militante Pastef n’a pas observé la même retenue : les mots «trahison», « réécriture de l’histoire » et « ingratitude » ont dominé les commentaires dans les heures suivant l’AG.
Alors que tout cela se déroulait au King Fahd Palace, Ousmane Sonko partageait sur Facebook : « J’ai passé une excellente journée dans les champs. Rien n’est plus vrai que l’agriculture. Retournons-y tous ! Le pari de la souveraineté commence d’abord par l’individu. » Aucun mot sur l’Assemblée Générale, aucune mention du président. Un silence délibéré, teinté d’une sérénité philosophique, dit TRT.
La Constitution sénégalaise n’empêche pas Bassirou Diomaye Faye de se représenter en 2029 pour un second et dernier mandat. Par ailleurs, Ousmane Sonko est, à ce jour, juridiquement éligible selon les constitutionnalistes. Les deux hommes peuvent donc se retrouver face à face dans trois ans au sein de ce qui était, il y a encore quelques mois, la même famille politique.
Adoum Noël