Dans un contexte où les urgences médicales se multiplient, le Dr Mahamat Brahim Dahab, Secrétaire Général du Syndicat des Médecins du Tchad, nous a accordé une interview. Il aborde les défis auxquels le système de santé tchadien est confronté notamment la cherté des soins, le manque d’équipements et propose des solutions pour améliorer la prise en charge des urgences. Interview.

Flashtchad.com : Comment la cherté des soins influence-t-elle le choix des patients entre le secteur privé et l’étranger ?

Dr Mahamat Hissein Dahab : Au Tchad, la cherté des soins ne constitue pas un facteur déterminant dans l’orientation des patients. Le ministère de la Santé concentre ses efforts sur une couverture santé universelle. Bien que les hôpitaux publics soient accessibles et moins chers, les médicaments coûtent cher, car nous ne les produisons pas localement. Les patients doivent souvent acheter eux-mêmes les médicaments. Les faibles taux de spécialistes dans le secteur public et, parfois, le manque de certains équipements obligent les familles à se tourner vers les cliniques privées, perçues comme plus rapides et mieux organisées, malgré des coûts très élevés.

Flashtchad.com : Face au manque d’équipements et de spécialistes, est-il nécessaire de se soigner sur place ?

Dr Mahamat Brahim Dahab : Il est vrai que certaines structures tchadiennes souffrent d’un déficit d’équipements modernes (imagerie, réanimation, laboratoires spécialisés), d’un nombre insuffisant de spécialistes, souvent concentrés à N’Djamena, et de conditions de travail difficiles qui démotivent les professionnels de santé. Cependant, cela ne justifie pas systématiquement une évacuation sanitaire. Une grande partie des pathologies courantes, et même certaines maladies chroniques, peuvent être prises en charge efficacement sur place, à condition que les structures existantes soient mieux organisées et soutenues.

Le recours systématique à l’étranger fragilise davantage le système national en le discréditant, alors que des compétences locales existent. Se soigner dans le pays permettrait de renforcer l’expérience des praticiens, d’identifier les véritables manques et de plaider pour des investissements ciblés.

Ainsi, malgré les insuffisances, se soigner sur place est à la fois possible et nécessaire, à condition d’un engagement réel de l’État et des partenaires.

Flashtchad.com : Pourquoi les hautes autorités ne montrent-elles pas l’exemple en se soignant dans le pays ?

Dr Mahamat Brahim Dahab : Cette question est au cœur du malaise sanitaire tchadien. Notre déontologie respecte le choix du patient quant à son médecin et à son lieu de soins, et le patient peut se soigner selon sa convenance. Cependant, lorsque les plus hautes autorités choisissent systématiquement l’étranger, même pour des affections bénignes, elles envoient un message clair de défiance envers le système national.

Cette attitude affaiblit la confiance de la population, démoralise les soignants et légitime la fuite sanitaire. Elle révèle aussi une inégalité profonde : pendant que la majorité des citoyens subit les insuffisances du système local, une minorité a accès à des soins coûteux à l’étranger, souvent financés par des fonds publics. Car donner l’exemple en se soignant dans le pays aurait un impact symbolique et pratique majeur.

Interview réalisée par Adoum Noël

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