Crédit photo: image d’un iftar organisé par les jeunes dans l’espace public pendant le mois de Ramadan en 2022

Alors que le mois sacré de Ramadan bat son plein, les iftars collectifs, qui autrefois organisées par des associations dans des espaces publics, sont aujourd’hui organisés par certaines institutions publiques dans le même endroit de travail. Ces dîners de rupture du jeûne, bien que célébrés par de nombreux musulmans à travers le pays, font l’objet de critiques croissantes de la part de certains citoyens tchadiens qui remettent en question «leur financement et leurs lieux de partage». Reportage

L’iftar, moment de convivialité et de partage, est traditionnellement un moment où les familles et amis se réunissent pour rompre ensemble le jeûne pendant le mois sacré de Ramadan. Cependant, certaines institutions publiques ont choisi d’organiser des iftars collectifs, censés renforcer les liens communautaires, professionnels et promouvoir la solidarité entre le personnel. Pour certains organisateurs, ces événements sont une façon de montrer l’engagement des autorités envers les valeurs islamiques et d’unir la population ainsi que les personnels de travail, «les iftars organisés sont purement religieux et nous approchent à mettre en œuvre les valeurs de partage c’est-à-dire la zakhat, dans la communauté musulmane», a déclaré Mahamat Saleh Adam, ayant requis l’anonymat de son institution.

Malgré ces intentions louables, certains citoyens  tchadiens expriment leur mécontentement. Les critiques se concentrent principalement sur le coût de ces événements, jugé élevé dans un pays où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté ainsi que dans des lieux d’organisation (institutions publiques) dans un État laïc. «Certains ministres organisent des iftars avec l’argent de l’État, mais pourquoi les ministres chrétiens n’ont-ils pas le droit de faire pareil pendant leur carême ?», s’interroge Hamid Nassour, un citoyen tchadien, avant d’ajouter, «cette domination institutionnelle doit s’arrêter».

D’autres comme Ahmat Haroun Larry soulignent que dans un État laïc comme le Tchad, il est légitime de s’interroger sur ces iftars organisés par certaines institutions publiques. «Pendant que l’on dépense de l’argent pour des cérémonies et des images de façade, de nombreux citoyens souffrent encore du manque de services essentiels : écoles mal équipées, hôpitaux démunis, administrations incapables de servir correctement la population », a-t-il déploré. Il relève que le ramadan est un moment de spiritualité, de sincérité et de solidarité envers les plus démunis, pas un moment «d’hypocrisie politique ni de communication». Car «Si les moyens existent, qu’ils servent d’abord à améliorer les conditions de vie des citoyens et à renforcer les services publics. La dignité d’un peuple se construit par le travail et la responsabilité, pas par des iftars de façade», a-t-il laissé entendre.

Pendant que le mois de Ramadan se poursuit, le débat autour des iftars collectifs continue de faire couler beaucoup d’encre. Certains citoyens tchadiens soulignent l’importance de ces événements dans leur vie quotidienne et la manière dont ils peuvent réellement contribuer à l’amélioration de leurs conditions de vie. En revanche, d’autres estiment que les iftars sont trop centrés sur les institutions et les fonctionnaires, alors qu’ils pourraient être organisés dans des espaces publics afin de partager la rupture du jeûne avec les personnes démunies et les couches vulnérables.

Adoum Noël

Partagez sur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *