
La ville de Biltine, chef-lieu de la province du Wadi Fira, traverse une grave crise d’eau potable en cette période de forte canicule. Comme plusieurs grandes villes de l’est du Chad, les robinets restent régulièrement à sec, plongeant des milliers d’habitants dans une situation devenue difficilement supportable.
Face à cette pénurie persistante, les habitants n’ont d’autre choix que de se rabattre sur les pousse-pousse d’eau. Mais là encore, les prix connaissent une flambée spectaculaire. Le pousse-pousse transportant dix bidons de 20 litres, autrefois vendu à 750 FCFA, coûte désormais jusqu’à 2 000 FCFA, soit une hausse de plus de 166 %, dans une ville où l’activité économique tourne déjà au ralenti.
Les quartiers situés à l’ouest de la ville sont particulièrement touchés. Selon plusieurs habitants, leur position géographique empêche l’eau de la Société Tchadienne des Eaux d’arriver convenablement dans les concessions. L’eau du robinet devient alors un luxe rare, disponible seulement quelques jours dans la semaine.
« C’est pénible ici à Biltine. On souffre depuis plusieurs années. Les revenus sont faibles et il faut pourtant dépenser énormément pour l’eau et le gaz », témoigne Amaboua Ali. « L’eau achetée sert souvent uniquement à laver les habits ou les ustensiles. Même se laver devient compliqué. L’eau du robinet ne coule que vendredi et samedi », ajoute-t-elle.
Une autre habitante, ayant requis l’anonymat, interpelle directement les autorités locales ainsi que le président Mahamat Idriss Déby. « Nous les avons élus pour améliorer nos conditions de vie, ne serait-ce qu’avec l’accès à l’eau potable », lance-t-elle avec désespoir.
Pour Abakar Nigué, cette situation révèle l’écart entre les discours officiels et la réalité du terrain. « Il y a quelques jours encore, le ministre de l’Eau présentait des statistiques rassurantes devant les parlementaires. Aujourd’hui, Biltine entière souffre du manque d’eau. L’accès à l’eau ne devrait jamais être un combat », dénonce-t-il.
Azibert Moussa