Cette interrogation m’a conduit à une réflexion plus large sur la manière la plus pertinente de
répertorier l’identité des Tchadiens, aussi bien ceux qui sont déjà en vie, les décès , que ceux
qui naîtront demain.

Presque chaque décennie, un recensement général est organisé, mobilisant des ressources
financières considérables. Pourtant, ces opérations demeurent souvent incomplètes, biaisés à la longue . De nombreux citoyens échappent au recensement, tandis que les données recueillies deviennent rapidement obsolètes au fil des naissances, des décès et des mouvements de population.

Dès lors, quel est l’intérêt de mobiliser, tous les dix ans, des milliards de francs pour
recommencer une opération dont les résultats sont, dès leur publication, déjà partiellement
dépassés ? Ne sommes-nous pas, au fond, en train d’aborder le problème à l’envers ?

À mon sens, une approche plus durable consisterait à réorienter ces investissements vers la création d’un répertoire national unique, adossé à une base de données centralisée, sécurisée et continuellement mise à jour. Cette base serait accessible dans tous les points d’enregistrement , hôpitaux, centres de santé, mairies, districts administratifs, centres d’état , autorités coutumières et toute autre structure habilitée à enregistrer une naissance.

Ainsi, chaque naissance donnerait automatiquement lieu à un enregistrement dans cette base nationale. Et chaque décès automatiquement enregistré. Le recensement ne serait plus une opération ponctuelle réalisée tous les dix ans, mais un processus permanent, alimenté en temps réel. C’est, selon moi, la manière la plus efficace d’assurer la continuité de l’identification des citoyens tchadiens et de disposer, à tout moment, de données démographiques fiables.

Naturellement, un tel dispositif devrait être accompagné d’une vaste campagne nationale de sensibilisation afin d’encourager l’adhésion des populations. En parallèle, des mesures
incitatives pourraient être mises en œuvre. À l’instar de l’expérience sénégalaise , l’État pourrait
conditionner l’accès à certains avantages sociaux comme la bourse de sécurité familiale, ou encore la gratuité de certains services pendant une période déterminée , conditionné à la déclaration des naissances ou à l’enregistrement des ménages dans le registre national.

Une telle politique permettrait non seulement d’améliorer le taux d’enregistrement des citoyens, mais aussi de bâtir progressivement un système d’identification moderne, fiable, évolutif et véritablement au service de la planification du développement national.
Sauf si l’objectif est tout autre . Parceque en matière d’argent , on se connaît dans ce pays.

Mahamat Elhadj Brahim

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