Au lendemain de la clôture du sommet Africa Forward, qui s’est tenu pour la première fois dans un pays anglophone, Falmata Allamine Mahamat, juriste et politologue basée à N’Djamena, livre sa lecture de l’événement.

« Pour moi, le sommet Africa Forward représente un basculement stratégique majeur. » À ses yeux, la France a franchi un cap à Nairobi. « La France semble avoir compris que le logiciel diplomatique classique est obsolète. En plaçant l’économie au centre, elle cherche à établir une relation de pair à pair. »

La politologue tchadienne va plus loin, « La France ne veut plus être perçue comme une puissance de tutelle, mais comme un partenaire stratégique dans une compétition mondiale où l’Afrique a désormais le choix de ses alliés. » Un constat qui résonne avec les annonces faites sur place par le Président français Emmanuel Macron.

Désengagement de l’AFD des énergies fossiles, basculement vers les infrastructures vertes et numériques, création de trois centres de fabrication de vaccins en Afrique cofinancés avec l’Union africaine, l’Élysée a joué la carte du tangible. « C’est une stratégie de soft power par la preuve plutôt que par le discours », résume l’analyste. « En misant sur la jeunesse, elle investit sur la partie de la population qui crée de la valeur et qui, demain, détiendra les leviers de décision. »

Le choix de Nairobi, lui, ne doit rien au hasard. Pour la première fois en 53 ans, le sommet quittait le giron francophone. « Ce choix n’est pas simplement symbolique, il est stratégique et hautement significatif, estime Falmata Allamine Mahamat. La France cherche à construire de nouvelles alliances basées sur la modernité. »

Reste la question des atouts français face à une concurrence accrue. « Malgré les critiques, la France possède des leviers uniques que peu d’autres partenaires offrent avec la même intensité », assure-t-elle. Elle cite la langue française, toujours opérante, et la formation de nombreux cadres africains formés en France. « La France n’a pas besoin de marketing, mais de cohérence. »

Ses recommandations pour la suite ? « Passer du « faire pour » au « faire avec » l’Afrique. Assurer une transparence totale sur les contrats et un soutien massif au transfert de technologies. Accepter la critique sans la voir comme un sentiment anti-français. Pour être respectée, elle doit parfois savoir se mettre en retrait et laisser les initiatives africaines prendre le leadership, même si cela ne sert pas ses intérêts immédiats. »

Pour finir, la politologue assène, « La crédibilité de la France en Afrique reposera moins sur sa communication que sur la constance de ses actions et le respect mutuel dans le partenariat. » Un verdict qui, pour sévère qu’il puisse paraître, reconnaît à Paris le mérite d’avoir engagé une mue que beaucoup jugent désormais irréversible.

Azibert Moussa

Partagez sur