
À Mongo, chef-lieu de la province du Guera, une nouvelle dynamique émerge parmi les jeunes diplômés confrontés à un chômage persistant. Face à l’absence d’opportunités d’emploi, ces jeunes innovent et se lancent dans la fabrication de briques, une activité qui, bien que rudimentaire, leur permet de subvenir à leurs besoins quotidiens. Reportage.
La carrière Amchak, située au secteur 9 et à proximité de l’aérodrome, est le principal site de production de briques dans la ville de Mongo. S’étendant sur 1,5 km de longueur et 0,5 km de largeur, elle emploie plus de 400 jeunes, notamment des élèves, des étudiants et des diplômés sans emploi. Ces jeunes trouvent dans cette activité un moyen de lutter contre la précarité économique qui les entoure. Cependant, ils font face à de nombreuses difficultés dans ce domaine.
Barka Mahamat Brémé, diplômé en sciences infirmières, exprime son désespoir, « Amchak est notre seule entreprise pour subvenir à nos besoins quotidiens. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés en attendant dix ans pour décrocher un emploi intellectuel. Nous travaillons ici parce qu’il n’y a pas d’autre choix. » Il souligne également la pénurie d’eau en ce mois d’avril qui complique leur travail. « Les années précédentes, l’eau d’Amchak était suffisante jusqu’à fin avril, mais cette année, elle s’est épuisée dès fin mars. Pour fabriquer 400 briques, nous devons acheter de l’eau à 1000 F, ce qui est très compliqué pour nous », a-t-il déploré.
Ahmat Mahamat, étudiant à l’Université polytechnique de Mongo, partage également son expérience, « en tant qu’étudiant, la situation est difficile. Les fournitures scolaires et les besoins quotidiens sont énormes. Nous rencontrons beaucoup de problèmes avec les agents des eaux forestières qui exigent 1 500 F par four (trou), et la mairie qui prélève 200 briques par four. De plus, le coût des fagots est exorbitant. Car un voyage de fagots de la charrue coûte 10 000F et il faut au moins quatre voyages pour cuire correctement les briques. Nous vendons 1000 briques pour 30 000 francs CFA », a-t-il expliqué.
Malgré ces difficultés, les jeunes de Mongo continuent de s’accrocher à leur activité principale : la fabrication de briques et le transport en moto-taxi (clando). Les opportunités d’emploi sont rares dans cette ville, et ceux qui espèrent un avenir meilleur se heurtent à un système qui semble favoriser les jeunes de N’Djamena ou ceux qui ont accès à des réseaux d’emploi selon leurs connaissances familiales ou amicales. Les diplômés locaux se sentent abandonnés et voient leur avenir s’assombrir.
Face à cette réalité, certains choisissent d’émigrer vers des pays étrangers dans l’espoir d’une vie meilleure, tandis que d’autres se dirigent vers des zones désertiques à la recherche d’opportunités inexploitées. Malheureusement, certains perdent même la vie dans ce périple difficile. Ainsi, l’entrepreneuriat des jeunes à Mongo est un témoignage poignant de résilience face à l’adversité. Bien que la fabrication de briques soit une solution temporaire face à un chômage endémique, elle illustre également le besoin urgent d’un soutien structurel et d’opportunités réelles pour ces jeunes talentueux et déterminés.
Idriss Mamadou Brahim, Mongo-Flashtchad.com