
Célébrée ce 27 septembre, la Journée mondiale du tourisme met en lumière un paradoxe tchadien : le pays dispose d’un patrimoine naturel, historique et culturel exceptionnel, mais son secteur touristique demeure encore faiblement structuré et peu visible à l’international.
De Toumaï, découvert à Toros-Ménalla dans le Djourab et vieux d’environ sept millions d’années, aux peintures et gravures rupestres du Tibesti et de l’Ennedi, le Tchad possède des sites susceptibles d’intéresser le tourisme scientifique, culturel et d’aventure. Les lacs d’Ounianga et le massif de l’Ennedi sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lac Tchad, le lac Fitri, les chutes Gauthiot, le lac Léré et la réserve de faune de Binder-Léré, dans le Mayo-Kebbi Ouest, complètent ce potentiel.
Au Sud, le parc national de Manda, les paysages du Logone, le patrimoine culturel de Sarh et le site de Doyaba, présenté comme l’Épicentre de l’Afrique, constituent d’autres possibilités. À l’Est, Zakouma est connu pour sa richesse faunique. À cela s’ajoutent l’artisanat, les traditions, les danses, les cultures pastorales et l’importance de l’élevage du dromadaire.
Pourquoi, alors, cette richesse produit-elle encore si peu d’activité touristique ?
Le problème tient notamment au déficit d’infrastructures, à l’accessibilité de plusieurs sites, au manque de structures d’accueil, à la faiblesse de la promotion touristique et à une professionnalisation encore insuffisante des acteurs. L’absence de circuits touristiques régulièrement commercialisés et d’informations facilement accessibles aux visiteurs constitue également un frein.
Pour Ferdinand Yogra, formé dans le domaine du tourisme, le Tchad doit surtout passer d’une logique de simple possession du patrimoine à une véritable économie touristique. Il estime que la formation, la valorisation des compétences nationales, l’amélioration des infrastructures et une promotion professionnelle sont indispensables.
Selon lui, les « richesses incommensurables » du pays pourraient permettre au Tchad d’ambitionner une place parmi les grandes destinations africaines, à condition de mobiliser ses talents et de transformer ses sites en produits touristiques accessibles, organisés et durables.
La Journée mondiale du tourisme rappelle ainsi que le véritable défi tchadien n’est plus seulement de posséder des trésors, mais de savoir les préserver, les raconter, les rendre accessibles et en faire bénéficier les populations locales.
AMA Mahamat